Démarche artistique
Alebrijes selon Roca
Dans ma série Alebrijes, j’explore un univers pictural où la couleur, la forme et le mouvement deviennent les véritables protagonistes. Inspirée par l’imaginaire libre et vibrant des alebrijes de la culture mexicaine, je n’en cherche pas la représentation figurative, mais plutôt l’énergie et l’esprit.
Mon parcours en design graphique influence profondément mon travail pictural. La sensibilité à la composition, au rythme visuel et à la puissance de la couleur nourrit chacune de mes œuvres. À cette structure héritée du design se mêle un processus intuitif où les formes organiques émergent librement.
Mes Alebrijes deviennent ainsi des présences picturales, des fragments d’un monde imaginaire où la couleur circule, dialogue et se transforme. Chaque peinture est une exploration sensible où rigueur graphique et liberté du geste se rencontrent pour donner naissance à un langage visuel vibrant et personnel.
À propos
Texto de:
Gerardo Martinez,
commissaire d’art et artiste plasticien
Rien n’est plus immédiat et, en même temps, plus mystérieux que la couleur. Nous la percevons avant de pouvoir la nommer. Elle nous touche avant même que nous ne l’ayons pensée. Dans El color, Roca Rico Macías ne peint pas des formes : elle peint des présences. Des présences chromatiques qui ne cherchent pas à représenter, mais à invoquer. Quoi donc ? L’intensité vitale de ce qui n’a pas de langage : la mémoire du regard, l’éclat de l’imaginaire, l’écho symbolique des objets qui habitent l’inconscient collectif.
Cette œuvre s’inscrit dans une tradition qui n’a pas peur de l’abstraction, parce qu’elle sait que l’abstrait est lui aussi chair. À l’image de Sonia Delaunay (Odessa, Ukraine, 1885 – Paris, France, 1979), Roca comprend que la couleur n’est pas seulement un attribut des choses, mais une structure de la pensée sensible. Chaque pigment, ici, palpite, vibre, se déploie comme s’il portait en lui une musique secrète. La surface du tableau n’est pas statique : c’est un champ de résonance où chaque couleur frôle l’autre, la déplace, la soutient. Le résultat n’est pas une image, mais un événement visuel.
Il y a dans cette peinture une sagesse de l’excès : excès de couleur, d’énergie, d’invention. Et aussi une éthique de l’invisible : aucune figure reconnaissable, parce que ce qui cherche à se montrer ne peut être capturé par la forme. Comme les alebrijes —créatures hybrides, irréelles, délirantes— ces œuvres sont des fragments d’un monde qui n’existe pas dans la réalité, mais qui est profondément réel sur le plan émotionnel.
Voir El color, c’est se rappeler que regarder est un acte de participation. Que l’œil n’est pas une caméra, mais un organe d’empathie. Que l’art ne montre pas ce que nous voyons, mais ce que nous pourrions voir si nous regardions avec plus d’attention. Dans un temps saturé d’images qui ne disent plus rien, Roca Rico Macías nous rend la possibilité d’une expérience esthétique authentique : celle qui naît lorsque la couleur, libérée de toute fonction, devient langage, devient question, devient révélation.